Partager avec l'Afrique : une histoire pour les enfants
Cette histoire, racontée aux enfants leur permettra de mieux connaître la réalité du terrain en Afrique. Ils pourront chercher à s'identifier avec les personnages et ainsi sonder leur coeur pour savoir s'ils sont prêts à partager.
"Ça ne marchera pas !" cria Samuel en dévalant le chemin poussiéreux en courant.
Deux jeunes filles et un garçon se lancèrent à sa poursuite.
"Si, ça marchera !" cria la première fille, Joséphine. "Et toi Sarah, tu penses que
ça marchera, hein ?"
"Oui, bien sûr" répondit Sarah ainsi que David.
David marchait un peu à la traîne de Samuel et des deux filles. Chacun des enfants
portait un épi de maïs, une poignée de graines de tournesol et un petit sac rempli
d'arachides.
"Je ne partagerai pas mes graines de tournesol avec toi. ça ne marchera pas !" répéta
Samuel en criant.
"Je vais les planter moi-même et m'en occuper tout seul. Je vais faire pousser les
meilleures plantes de toute la Tanzanie."
"Mais si nous partageons nos graines nous pourrons aussi partager le travail nécessaire
pour les faire pousser" protesta Sarah. "C'est vrai, nous pourrions avoir le maïs
le plus juteux, les plus grosses graines de tournesol et les meilleures arachides
que vous n'avez jamais vus."
David avait profité de cette petite discussion pour rattraper les autres..
"Nous pourrions les vendre au marché, et nous deviendrions riches." reprit-il un peu
essoufflé.
Quelques minutes auparavant, les quatre enfants s'étaient rendus dans une église au
centre du village d'Ikengeza. Ikengeza est un village au coeur de la Tanzanie, un
pays très chaud et très sec de la côte Est de l'Afrique.
Dans cette vaste région agricole les maisons sont isolées. Le sol est fertile mais
parfois l'eau manque, ce qui rend la vie des 3000 habitants du village très dure.
A l'église, le pasteur Simon a donné à chacun des quatre enfants un épi de maïs, une
poignée de graines de tournesol et un petit sac d'arachides.
"Je veux que vous utilisiez ce cadeau de votre mieux." leur dit-il. "Revenez me voir
dans un an pour me dire ce que vous aurez fait avec ce que je donne aujourd'hui."
Les quatre enfants eurent l'idée de travailler ensemble pour obtenir une très grande
récolte. Ils avaient déjà tous en tête la vente de leur récolte et commencèrent à
rêver à ce qu'ils achèteraient avec l'argent gagné.
"Je vais m'acheter un posteÝradio" s'exclama David.
"Moi, je préfère m'acheter de nouveaux vêtements" reprit Joséphine de plus belle "Tous
les vêtements dont je rêve !"
Mais Samuel décida de travailler tout seul. Il pensait qu'il pourrait gagner plus
d'argent de cette façon. Et voilà Samuel en train de dévaler à nouveau le chemin
qui mène à l'église, Joséphine, Sarah et David à sa poursuite.
"Je vais devenir le plus riche !" s'écria Samuel.
"Parce que mon maïs, mes tournesols et mes arachides seront les plus beaux. Vous verrez
si c'est pas vrai !".
A ce moment-là, Joséphine, Sarah et David s'arrêtèrent de courir après Samuel et il
fallu attendre un long moment avant qu'ils ne puissent le revoir.
Joséphine, Sarah et David ne cessaient de se demander si Samuel réussissait ses plantations
tout seul. Tous les trois ne désiraient qu'une chose : que leurs plantations poussent
mieux que celles de Samuel pour lui prouver que travailler ensemble "ça marche !". Hélas, personne ne savait où Samuel avait planté ses graines. Personne ne pouvait
donc savoir si ses plantations poussaient bien ou pas.
En plus, ils devaient trouvé un endroit pour planter leurs graines. Ce n'est pas facile
de trouver un morceau de terre dans un village agricole en Afrique. Le père de Joséphine
avait une petite parcelle que l'on appelle une shamba. Tous les parents possèdent des shambas ici. Mais tous les parents répondent la même chose quand un de leurs
enfants demande un morceau de terre pour planter quelques graines.
" Nos shambas sont bien trop petites pour que vous en preniez une partie pour jouer.
Nous devons cultiver tout notre terrain si nous voulons manger."
Sarah eu tout à coup une idée.
"Je sais" dit-elle. "Justine, la marchande de légumes possède une shamba qu'elle n'utilise
pas. Allons lui demander."
"C'est marrant !" avoua Justine lorsque les trois enfants lui adressèrent leur requête.
"Je pensais que vous alliez venir me demander cela."
"Alors, est-ce que vous voulez bien nous prêter une partie de votre shamba ?" demanda
Sarah.
"Vous pouvez avoir une parcelle chacun" répondit Justine "à condition que vous veniez
m'aider au magasin de temps en temps."
"Oui, nous vous aiderons autant que vous aurez en besoin Justine" répliqua Joséphine
"mais nous devons absolument semer nos graines aujourd'hui. C'est possible ? S'il
vous plaît, dites-nous que c'est possible."
"Vous auriez même pu les semer hier que cela ne m'aurait pas gêné, mais n'oubliez
pas qu'un d'entre vous doit venir m'aider à chaque fois que j'en ai besoin."
Justine accompagna les trois enfants à sa shamba et leur montra où ils pouvaient semer
leurs graines. Ils demandèrent à Justine d'avoir des parcelles voisines pour que
ce soit plus facile pour eux de partager leur travail. La plus grande partie de la
shamba de Justine n'était pas entretenue, mis à part un petit morceau voisin du leur qui
avait déjà été bêché et soigneusement préparé.
"Est-ce que je peux avoir cette petite parcelle-là ?" demanda David.
"Non, ce n'est pas possible" répondit Justine. "Vous essayer d'économiser vos efforts.
Je pensais que vous alliez vous entraider et que ça allait être moins fatiguant.
Je vais vous prêter une bêche pour que vous commenciez à travailler."
Pendant que Joséphine, Sarah et David mettaient les premiers coups de bêche, ils commencèrent
à se poser des questions sur cette mystérieuse partie de terrain déjà cultivée.
"Est-ce que vous pensez que c'est Justine qui a semé quelque chose ici ? " demanda
Joséphine.
"Ça m'étonnerait ! " rétorqua Sarah. "Elle n'a rien planté l'année dernière. C'est
le pasteur qui cultive presque toute cette shamba et c'est pour cela qu'il a pu mettre
ces graines de côté pour nous les donner."
"Peut-être qu'il a semé davantage cette annéeÝ? " suggéra Joséphine. "En plus..."
"Ça se pourrait bien" ajouta David. ' ça doit être le pasteur Simon qui a dit à Justine
que nous allions probablement venir lui demander une parcelle de terre. Sinon, je
ne vois pas comment elle aurait pu être au courant que nous recherchions un endroit
pour semer nos graines et que allions lui demander."
Joséphine, Sarah et David avaient fini de bêcher. Leur travail avait été plus facile
que ce qu'ils ne pensaient parce que les premières pluies avaient assoupli le sol
même si la couche superficielle avait séchée durant la journée. Et puis, le travail
avait été rendu moins pénible parce que les trois "agriculteurs en herbe" s'étaient relayés.
Une fois leurs graines semées, Joséphine, Sarah et David rentrèrent chez eux et prièrent
pour demander à Dieu qu'il pleuve davantage.
C'était une bonne année et la pluie est venue. En moins de deux jours, avant même
que leurs propres graines n'aient germé, ils remarquèrent de petites pousses dans
la mystérieuse parcelle d'à côté.
Même si ce n'était pas de beaucoup, les cultures de la parcelle voisine étaient toujours
en avance sur celles de Joséphine, de Sarah et de David. Elles paraissaient toujours
en meilleure santé et plus vigoureuses que les leurs. Cette situation ne les a pas préoccupé jusqu'à ce que Justine leur dise que le pasteur Simon n'avait rien semé
dans sa shamba cette année.
"Je crois que je sais à qui appartient le terrain voisin" déclara un jour David alors
qu'il marchait avec Joséphine et Sarah jusqu'à leur parcelle.
Et juste à ce moment là un homme inconnu, grand, mince, semblait repartir du mystérieux
morceau de terre cultivée.
Après avoir aperçu cette étrange personne Joséphine, Sarah et David étaient vraiment
intrigués.
Malgré cela, les trois "apprentis jardiniers" continuèrent à prendre soin de leurs
plantations, à partager le travail, et à se préparer ensemble pour la récolte.
Alors que la période de la récolte approchait, Joséphine commença à remarquer que
ses cultures paraissaient légèrement de meilleure qualité que celles de Sarah et
surtout que celles David.
"Je dois avoir travaillé plus dur qu'eux" commença-t-elle à penser. "Je crois que
je mérite de toucher un peu plus que Sarah et David sur l'argent de la récolte."
Joséphine décida d'aller voir Sarah et David pour connaître leur avis.
"Quand nous vendrons la récolte, est-ce que nous ...euh... partagerons l'argent équitablement
? " demanda-t-elle. "Oui, parce qu'à mon avis, j'ai travaillé un peu plus que vous
et d'ailleurs mes cultures rapporteront plus".
"Tu es aussi méchant que Samuel" répondit David. "Tu sais très bien que nous nous
sommes tous occupés des cultures des autres. Et tu sais aussi que nous avons tous
travaillé dur. Si tes cultures sont meilleures, c'est seulement parce qu'à l'endroit
où elles se trouvent, il y a plus de soleil."
"Oui, nous avons partagé le travail. Nous devons partager l'argent." ajouta Sarah.
Mais Joséphine n'était pas contente. Elle commença à prendre des graines sur les nouveaux
tournesols et les emporta chez elle pour les vendre. Puis elle se mit à ramasser
des arachides qu'elle alla vendre pour son propre compte.
Petit à petit Joséphine prit un peu de chacune des cultures en espérant que Sarah
et David ne s'en apercevraient pas. Par la suite, elle devint si cupide, elle voulait
tellement gagner de l'argent, qu'elle coupa même des épis de maïs entiers.
"Quelqu'un est venu voler une partie de mes cultures" s'écria Sarah un jour. "Je parie
que c'est l'homme grand et mince que nous avions vu dans la shamba il y a quelques
temps, vous savez celui qui cultive la parcelle d'à côté."
Joséphine resta silencieuse. Elle savait que c'était elle. Elle regarda les cultures
de la parcelle voisine. Elles étaient plus réussies que les siennes. Elle décida
alors qu'elle reviendrait cette nuit pour voler des graines de tournesol, des arachides
et certains de ces magnifiques épis de maïs.
David eu la même idée.
"Et si nous venions cette nuit pour voler dans son terrain ce qu'il a pris chez nous
?" suggéra-t-il.
"D'accord" répondit Sarah "mais pas plus que ce que lui nous a pris."
La nuit venue, les trois enfants rampèrent jusqu'à la shamba de Justine. Ils commencèrent
par vérifier leurs cultures : rien de plus n'avait été volé. Puis, ils se dirigèrent
vers la parcelle voisine.
Une grande surprise les attendait.
"Tout a disparuÝ! " cria David.
"Bien sûr que tout a disparu" prononça une voix connue derrière eux. "Je n'ai fait
que ramasser tout ce que j'avais cultivé. C'est la période de la récolte."
Joséphine, Sarah et David se retournèrent dans un grand sursaut.
C'était Samuel !
"La parcelle qui était à côté de la votre était à moi. J'ai fais pousser le maïs le
plus juteux, les épis les plus beaux et les arachides les plus grosses." affirma
Samuel. "C'était un gros travail, mais j'ai tout fait par moi-même ... enfin, presque
tout seul."
"Ce n'était pas toi !" accusa David. "Nous avons vu un inconnu grand et mince venir
ici. Tu as volé ses cultures et ensuite tu as volé les nôtres."
"Je n'en ai pas eu besoin" rétorqua Samuel. "Quelqu'un d'autre l'a fait. Je l'ai vu.
Tu découvriras très vite de qui il s'agit quand nous irons rendre compte au pasteur
Simon de ce que nous avons fait avec les graines qu'il nous avait données".
Sur ces mots, Samuel partit.
Quelques jours plus tard, Joséphine, Sarah et David récoltèrent leur maïs, leurs tournesols
et leurs arachides. Ils vendirent le fruit de leur travail au marché et partagèrent
l'argent équitablement, même si Joséphine avait déjà vendu en secret les graines et les arachides qu'elle avait volées.
Cela faisait maintenant une année que le pasteur Simon avait confié aux enfants les
graines à cultiver. Le temps était venu pour chacun d'entre eux de rendre compte
de ce qu'ils avait fait de leur maïs, de leurs graines de tournesol et de leurs arachides.
Le pasteur Simon savait exactement ce qui s'était passé. Il demanda à David et à Sarah
combien d'argent avaient-ils gagné en vendant leur récolte.
"Nous avons tous gagné la même somme" répondit David. "Joséphine, Sarah et moi avions
décidé de partager le travail et l'argent de notre récolte. Nous sommes riches maintenant.
Partager nous a rendu riches !"
"Et qu'as-tu à dire Joséphine ?" questionna le pasteur Simon.
"Ce n'était pas juste" pleurnicha Joséphine. "J'ai travaillé plus dur qu'eux alors
j'ai pris un peu plus d'argent. C'était ma manière d'équilibrer le partage. J'ai
vendu secrètement une partie de la récolte et j'ai ainsi gagné plus d'argent que
David et Sarah parce que je le mérite."
"Je t'avais dit que ça ne marcherait pas" ajouta Samuel. "Dès que les gens essaient
de partager quelque chose il y a toujours quelqu'un d'égoïste qui veut obtenir plus
que les autres."
"Mais tu voulais faire pousser la meilleure récolte tout seul." rétorqua le pasteur
Simon. "Tu voulais être le plus riche de tous."
"Je sais" avoua Samuel. "Mais je me suis senti seul. Alors Joseph, un réfugié du Rwanda,
est venu au village. C'était lui l'inconnu grand et mince que vous avez vu dans ma
parcelle Joséphine, Sarah et David."
"Joseph m'a aidé dans le travail de mes cultures. C'est pourquoi j'ai emprunté de
l'argent à Justine pour payer Joseph."
"J'ai dû donner la moitié de ma récolte à Justine pour la rembourser. Mais Joseph
était si pauvre, et il avait besoin de cet argent pour s'acheter à manger. Il est
devenu mon ami maintenant, j'ai pu vendre une partie de ma récolte et garder des
graines pour l'année prochaine. Je suis vraiment très content."
"Moi aussi, je suis contente" déclara Joséphine "parce que j'ai travaillé plus dur
que les autres et j'ai eu l'argent que je mérite."
"Moi je ne suis pas satisfait du tout " rouspéta David. "J'ai travaillé autant que
Joséphine et elle a gagné plus que moi."
"Je sais que c'est vrai." expliqua Sarah. "mais je suis plutôt contente. Je suis désolée
et déçue que Joséphine ait pris nos graines, mais j'ai gagné plus d'argent que ce
dont j'ai besoin. Ici, pasteur Simon, j'ai préparé une somme que je vous donne pour
participer à la réparation de l'église."
"Merci beaucoup" dit le pasteur Simon. "C'est très gentil, Sarah. Tu sais, je suis
très heureux parce que vous avez tous essayé de partager d'une manière ou d'une autre.
Certains d'entre vous trouvent plus facile de partager que ce qu'ils ne pensaient
et d'autres trouvent cela plus difficile."
"Mais quoique vous fassiez" poursuivit le pasteur Simon "ne soyez pas égoïste au point
de ne rien pouvoir partager du tout. Tout comme l'a vécu Samuel, on se sent seul
lorsque l'on ne partage avec personne."
Que pensez-vous du comportement de chacun des personnages (Samuel, Joséphine, Sarah, David, le pasteur Simon, Joseph) ?
A votre avis, à qui de ces personnages ressemblez-vous le plus ?
Au début de l'histoire, lequel des enfants se retrouve seul ? Pour quelle raison
?
Samuel, car il ne veut pas partager l'argent que rapportera sa récolte.
A la fin de l'histoire, lequel des enfants se retrouve seul ? Pour quelle raison ?
Joséphine, car elle veut avoir plus d'argent que Sarah et David. Elle ne veut pas partager jusqu'au bout. Elle accepte les facilités qu'offre le partage de leur travail (moins fatigant de se relayer) mais ne veut pas subir les conséquences sur le partage de l'argent (un peu moins d'argent pour chacun).
Pour quel(s) personnage(s) de l'histoire, le partage semble facile ?
Aucun d'entre eux sauf peut-être pour Sarah. Partager n'est pas toujours facile pour tout le monde.
Quelles sont les raisons qui conduisent les enfants à partager ?
Samuel : il se sent seul, il a besoin d'aide (partage du travail). Ensuite, il veut aider et secourir Joseph (partage de son argent).
Joséphine : au début, elle a besoin d'aide (partage du travail).
David : il a besoin d'aide (partage du travail).
Sarah : elle a besoin d'aide (partage du travail) ; elle a plus d'argent que ce dont elle a besoin et elle veut aider (partage de son argent)
Est-ce que Joseph partage lui aussi ?
Oui.
Que partage-t-il ?
Il partage avec Samuel sa force de travail et son amitié.
Comment pouvez-vous aider ?