Afrique

Partager avec l'Afrique :

Réflexions sur le partage



Les lignes qui suivent donnent quelques pistes de réflexion qui permettront d'animer un culte, de préparer une prédication ou une soirée de jeunesse sur le thème du partage.
Ces informations devront être adaptées au public concerné et au type de la rencontre. Nous espérons néanmoins qu'elles vous faciliteront la préparation de la journée du partage dans votre communauté.

Introduction

Les chiffres alarmants qui concernent le continent africain ne manquent pas et la situation critique de cette partie du monde ne nous est pas nouvelle.

D'après le Courrier de l'Unesco (no143 ; 1995), en l'an 2000, 49.7 % de la population de l'Afrique devrait se situer en deçà du seuil de pauvreté. Si l'on considère l'ensemble des pays de ce continent, 27 d'entre eux appartiennent au groupe des "pays les moins avancés" qui regroupe les 47 pays du globe dont le Produit National Brut* est inférieur à environ 290 FF par mois et par habitant.

Les indicateurs de la pauvreté ne sont pas les seuls à traduire les fléaux que connaît l'Afrique. L'éducation (le taux d'alphabétisation au Burkina Faso s'élève à 28 % parmi les hommes et à 9 % parmi les femmes), la santé (au Zaïre, 26 % de la population a accès aux services de santé), l'alimentation (la famine en Afrique menace chaque jour 40 millions de personnes soit environ 70 % de la population française) sont autant de domaines qui conduisent ce continent à vivre la souffrance au quotidien.

Un tel constat nous amène à une réflexion sur le sens chrétien du partage.

Une fable chinoise qui illustre les conséquences du partage

Un homme fut invité à visiter le ciel et l'enfer. Il visita d'abord l'enfer. Des hommes étaient assis autour d'une table, devant des bols de riz remplis... Et pourtant ils étaient maigres et décharnés... C'est qu'ils avaient reçu pour manger de longues, très longues baguettes de plus d'un mètre de long, avec lesquelles ils étaient incapables de se nourrir.

Notre chinois se rendit ensuite au ciel. Là-bas aussi, il vit des gens autour d'une table, devant leur bol plein, et eux aussi équipés de longues, très longues baguettes...
Mais ceux-ci étaient bien portants et resplendissants de santé. C'est que, au lieu d'essayer chacun en vain de porter la nourriture à sa bouche au moyen de ces étranges baguettes, chacun s'en servait pour donner à manger à son voisin...


1. Le partage : expression de la solidarité

Un mot dont le sens est aujourd'hui bien trop souvent bafoué nous vient inévitablement à l'esprit lorsque nous parlons du partage : la solidarité. Ce vocable nous vient-il d'ailleurs à l'esprit parce qu'il est devenu "à la mode" (comment ne pas trouver d'exemples : discours politiques, média et autres Téléthon...) ou bien parce que nous savons qu'il contient des fondements bibliques ?
Dans un contexte biblique, la solidarité, c'est l'autre nom de l'amour, son expression concrète. Ce concept repose sur trois fondements :

Pour être authentique, cette solidarité chrétienne doit trouver sa motivation première dans l'amour du Christ énoncé dans 1 Corinthiens 13.

Il est à noter que le terme de solidarité ne se trouve pas expressément dans la Bible.
En effet, les traductions habituelles n'utilisent pas ce terme mises à part les versions TOB et Jérusalem de Hébreux 10 : 33.
Le terme grec pour désigner la collecte des chrétiens à Jérusalem, koïnonia, est traduit dans d'autres contextes par communion. Notre communion entre frères, notre communion avec Dieu... la communion de la première communauté chrétienne qui mettait tous les biens en commun... et la collecte organisée soigneusement pour les frères de Jérusalem. Le terme koïnonia accepte donc toutes ces significations. La Bible unit dans ce vocable ce que nous divisons souvent :

Il serait possible de remplacer dans certains textes (1 Cor. 10 : 16 ; Phil. 4 : 14) le mot communion par solidarité sans pour autant transformer le sens fondamental de l'Ecriture.


2. Le partage : donner et recevoir

Le terme agape est traduit par amour et parfois par charité. La connotation péjorative et paternaliste "faire la charité" du mot charité, (encore un terme bafoué et à la mode !) ne doit pas détourner ce terme de son sens et lui conférer un rapport de supériorité entre les deux parties du partage. L'Evangile enseigne justement le contraire.
Dans la conception chrétienne du partage, il existe une relation réciproque et à double sens, matériellement et spirituellement.

Le livre de la Genèse retrace le récit de la création. Dieu crée l'homme, il crée un être appelé à entrer en dialogue avec Lui et à reconnaître sa dépendance envers son créateur. L'homme dès le départ est créé solidaire de Dieu et de sa création. Le péché est très exactement la rupture de cette solidarité - avec toutes ses conséquences, dans les relations de l'homme avec son prochain, avec Dieu et avec la nature.
"Il n'est pas bon que l'homme soit seul", nous est-il dit avant la création de la femme. L'homme est fait pour vivre en relation, et la femme est créée comme un "vis-à-vis", une "partenaire", dans une relation de solidarité. Une solidarité responsable de deux êtres dans une alliance physique, sociale et spirituelle. La relation de solidarité la plus forte qui soit décrite par l'expression "une seule chair". On sait bien que dans un couple, chacun garde sa personnalité. Il ne s'agit pas de la fusion de deux personnalités, mais bien d'une relation de solidarité étroite, fondée sur une alliance reconnue, dans laquelle chaque partie ne cherche pas à se réaliser toute seule, mais dans une véritable interdépendance. Paul va jusqu'à nous donner comme modèle celui du Christ qui donne sa vie pour l'Eglise...
Cette relation de partage revêt une signification qui dépasse celle du couple. D'une certaine manière, le couple est ici l'archétype de ce que nous sommes : des êtres de relation, ayant besoin d'un vis-à-vis, ayant besoin de l'autre.
Il est enrichissant et quelque peu décevant de mettre en parallèle cette vision originelle de l'interdépendance des hommes avec l'individualisme occidental ambiant.

Le Sermon sur la Montagne présente la charte d'une vie orientée par les valeurs du Royaume. Une vie dans laquelle Dieu règne, dans laquelle sa miséricorde inspire nos attitudes, dans laquelle notre relation personnelle et notre confiance en lui déterminent notre relation aux autres. Cette prédication commence avec le fameux "heureux les pauvres"... Heureux les pauvres tout court, selon la version de Luc, qui met en valeur de manière particulière le souci des pauvres. Heureux les pauvres en esprit, selon la version de Matthieu, qui met l'accent sur l'attitude intérieure. Qu'importe la version, le pauvre, c'est celui qui ne se suffit pas lui-même et qui le sait. Ce dernier est par cela même ouvert à Dieu et à l'autre, il est prêt à recevoir de Dieu comme de l'autre, il sait qu'il a besoin de Dieu et besoin de son prochain.
Enfin, et ces exemples ne sont pas limitatifs, l'image que Paul nous propose pour l'Eglise est bien celle d'un corps dont tous les membres sont solidaires (1 Cor. 12). Solidaires car quand un membre souffre, les autres souffrent... mais aussi parce que chacun a besoin des autres, parce que chacun a reçu des dons, mais personne n'a tous les dons (voir aussi 1Pi 4:10). Cela s'applique à la communauté locale mais également aux différentes communautés de part le monde.


3. Le partage avec l'Afrique : vivre l'interdépendance...
...au sein d'un village planétaire

A l'aube du XXIème siècle, il est plus facile de parler d'inégalité et de dépendance que d'égalité et d'interdépendance, surtout lorsque l'on traite des relations entre l'Afrique et l'Occident. Bien sûr auparavant, il existait déjà des rois et des princes qui menaient un train de vie scandaleux aux yeux des démunis, mais ils étaient, malgré leur couronne, soumis au même risque de maladie, additionné d'un risque de mort non naturelle nettement plus élevé que la moyenne, à en croire les récits de l'Ancien Testament !
Aujourd'hui, les inégalités touchent non seulement le train de vie, mais aussi l'accès à l'éducation, aux soins médicaux, à l'information... au minimum. En Guinée, 17 % seulement des filles sont inscrites dans l'enseignement primaire et 5 % dans l'enseignement secondaire.

Notre monde est devenu un "village planétaire", un village dans lequel nous sommes tous interdépendants et ce, de plusieurs manières.

Interdépendance "médiatique"
Bien que très inférieur au notre, le niveau d'équipement des pays africains en postes T.V. et en postes radio n'est pas nul. Au Soudan, par exemple, 71 habitants sur 1000 possèdent un poste T.V. et 250 sur 1000 un poste radio (en France, ces chiffres atteignent respectivement 406 et 896 pour 1000). Ce qui est important n'est pas de comparer l'équipement de ces deux parties du monde mais de constater que même au sein de certaines contrées africaines reculées (le Soudan fait partie des pays les moins avancés) les habitants découvrent les modes et les niveaux de vie du monde entier. Certains africains voient les publicités aussi suggestives que celles de nos écrans... La fascination pour cette autre vie, bien inaccessible, chargée de son cortège d'illusions, est là.
Cela conduit à réfuter sévèrement l'argument "Laissez-les tranquilles, ils sont plus heureux comme cela". Tout d'abord, même si cette idée peut contenir sous certaines conditions une part de vérité, elle révèle une plus grande part de naïveté, et pour ce qui nous concerne, nous qui sommes confortablement logés et nourris, scolarisés et soignés, une bonne dose d'hypocrisie.
Ensuite, ces personnes sont déjà "contaminées" par ces moyens de communication, c'est donc trop tard pour les "laisser tranquilles", pour dire qu'elles ne connaissent rien sur notre mode de vie.
Enfin, cet argument ignore que l'humanité n'a pas pour vocation de vivre en groupes séparés en vase clos, mais au contraire que les diverses cultures et civilisations ont vocation de se fertiliser mutuellement et c'est bien ce que l'histoire nous montre.
Plus fondamentalement, le projet de Dieu concerne "toutes les familles de la terre", selon l'antique promesse faite à Abraham...
De notre côté, nous ne pouvons plus ignorer les conditions de vie, ou plutôt de survie, dans les trois-quarts du monde, et notamment en Afrique.
Ainsi, le développement des communications nous rend d'autant plus solidaires les uns des autres - et par conséquent responsables de partager les ressources.

Interdépendance "économique"
Nous ne sommes pas seulement solidaires les uns des autres par ce que nous savons, nous le sommes parce que notre monde, dans sa manière de vivre, de produire, de consommer, est devenu interdépendant à un point jamais atteint jusqu'alors. Du temps d'abraham, quand un groupe de nomades se fixait à un endroit, se sédentarisait et passait à l'agriculture, cela n'avait d'influence que dans une zone géographique très limitée.
Aujourd'hui, le prix de mon café matinal est lié au salaire que reçoit un ouvrier à l'autre bout du monde, et aux décisions prises par des agents économiques par rapport auxquels je me sens impuissant - et l'ouvrier en question est encore plus à leur merci.
Un des problèmes graves que nous ne savons résoudre (certains affirment : que nous ne voulons pas) est celui de la détérioration des termes de l'échange : le prix des matières premières produites par les pays pauvres baisse constamment, tandis que le prix des équipements provenant des pays industriels augmente sans cesse. En 1992, en Afrique sub-saharienne, les exportations agricoles de cette sous-région permettaient théoriquement d'acheter environ 40 % de moins d'articles manufacturés et de pétrole brut qu'en 1979-1981 (Source : L'afrique réelle ; No7 ; 1995). Une détérioration catastrophique pour des gens qui se trouvent déjà à la limite de la survie.
Un autre indicateur économique témoigne d'une situation dramatique : l'ampleur de la dette des pays africains vis à vis des banques occidentales. Ces dettes astronomiques contractées à l'époque où on croyait peut-être naïvement à un développement économique par lequel les pays du Tiers-Monde allaient entrer dans un grand marché d'échanges de biens de consommation par une croissance rapide. En 1993, la dette des pays d'afrique sub-saharienne atteignait environ 836 milliards de francs !
Les conséquences sont désastreuses. Les dépenses affectées à la santé et à l'éducation sont réduites. C'est ainsi qu'en Guinée-Bissau, pour la période 1986-1992, 1 % des dépenses du gouvernement central était affecté au secteur de la santé et 3 % à l'éducation. Cette situation a empiré durant ces dernières années. Dans le même temps, nous ne cessons de bénéficier de toutes sortes de progrès technologiques, notre espérance de vie s'allonge, nos possibilités d'éducation, d'informations, de loisirs, de voyages se multiplient.
Il est vrai que les solutions à des problèmes aussi complexes que la dégradation des termes de l'échange ou que la dette ne sont pas complètement en notre pouvoir individuel ou même communautaire mais nous pouvons aller à contre-courant avec des initiatives de commerce alternatif telle celle d'artisanat-SEL.

Interdépendance "écologique"
Si nous sommes solidaires des pays africains au travers des mécanismes économiques fondamentaux, nous le sommes aussi dans le domaine de l'environnement. Notre style de consommation, et les monocultures qui ont été introduites dans certains pays africains pour y répondre, conduisent à l'épuisement des terres et ont souvent nui à la production de nourriture locale.
De même, l'exploitation massive des forêts en Afrique pourraient entraîner des changements climatiques susceptibles de se retourner également contre nous.
L'écologie, la prise en compte de l'impact que nous avons sur notre environnement par notre manière de vivre, n'est pas un luxe de nantis ni une fantaisie de politiques ou de fanatiques. Pour nous chrétiens, c'est une expression nécessaire de :


4. Partager : L'afrique nous montre la voie

La réalité de la famille élargie donne de multiples occasions de manifester sa solidarité et de partager ses biens dans la plupart des pays du continent africain. La première expression de ce partage passe par l'hospitalité. Tout ceux qui ont eu l'occasion de visiter l'afrique savent combien la chaleur de l'accueil dépasse de loin ce que nous connaissons sur le continent européen. Les fêtes, les repas organisés par les familles à l'occasion du passage d'un frère ou d'un ami expriment l'importance que chacun réserve à l'accueil de l'autre. C'est, bien sûr, une manière très concrète de montrer son attachement à son hôte même si c'est souvent au dépens de ses propres richesses ou plutôt de ses économies.
Le partage en Afrique, c'est aussi le devoir de solidarité à l'égard de ceux qui sont dans le besoin. La responsabilité des uns par rapport aux autres n'est pas un vain mot. L'accueil des enfants orphelins est une démarche naturelle pour les oncles ou les tantes qui les entourent. Il faut aussi savoir que, dans le contexte d'une société rurale, ces nouveaux enfants, intégrés à la cellule familiale élargie, apporteront une contribution aux tâches ménagères ou agraires nécessaires à la survie de tous.
Cette solidarité s'exerce dans des conditions parfois très précaires. Les troubles récents dans la région des grands lacs et au Zaïre, nous ont encore permis de constater que des milliers de réfugiés avaient pu trouver secours dans certains villages zaïrois extrêmement pauvres, mais pourtant capables d'accueillir des gens encore plus démunis qu'eux.

Enfin, si la plupart des couples ont de nombreux enfants c'est aussi parce que les parents savent, qu'une fois âgés et incapables de subvenir à leurs propres besoins, ce seront ces enfants qui joueront ce rôle de pourvoyeurs et de soutien auprès d'eux.
La réalité du partage au sein de la famille est une sécurité pour bon nombre d'africains qui ont d'ailleurs l'habitude d'appeler leur fils aîné "leur bâton de vieillesse".
De quoi inspirer certaines lois dans nos sociétés dites "avancées".


5. Partager : une responsabilité en tant que chrétien

L'interdépendance sous diverses formes brièvement dépeinte plus haut nous aide à prendre conscience de cette évolution historique irréversible qui a fait de la terre, de l'humanité tout entière, un grand village où nous sommes tous appelés à partager. L'exemple du ministère de compassion du Christ envers tous ceux qui souffrent comme dans sa vie donnée pour nous, ne se montre-t-il pas précisément très proche des hommes, solidaire de leur peines et de leurs problèmes ?
Dans ce dossier, la parabole du riche insensé est présentée sous forme de sketch. Il est intéressant de rapprocher ce texte de Luc 12 : 13 à 21 de notre comportement hélas trop fréquent. Nous possédons beaucoup (même si nous possédons moins que d'autres ! ) de biens matériels et nous jouissons d'un grand confort (eau potable, santé, équipement...).
Nous formulons des projets en nous basant sur notre richesse, notre "bonne récolte renouvelée". Allons-nous soigneusement tout thésauriser, placer notre revenu "en sécurité" ? Le riche insensé pensait effectivement que la vie se résumait à l'abondance de biens matériels mais il a découvert que la richesse ne permettait pas d'acheter la sécurité, et que la cupidité n'avait aucun sens. Cette parabole nous rappelle les enseignements de Dieu concernant les richesses matérielles :

En guise de conclusion, souvenons-nous de l'histoire des longues baguettes... de la parabole du riche insensé et du ministère de Jésus.
Pour terminer nous pouvons relire un passage de la deuxième épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 8 versets 13 à 15 : Il ne s'agit pas de vous faire tomber dans le besoin pour soulager les autres ; mais il faut qu'il y ait de l'égalité. En ce moment, vous êtes dans l'abondance et vous pouvez par conséquent venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. Puis, si vous êtes un jour dans le besoin et eux dans l'abondance, ils pourront vous venir en aide. C'est ainsi qu'il y aura égalité, conformément à ce que l'ecriture déclare : "Celui qui en avait beaucoup ramassé n'en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n'en manquait pas."

Quelques textes bibliques à méditer sur le partage :


* Le PNB totalise ce qui est produit par les entreprises du pays considéré sur le territoire national et à l'étranger (retour)


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